LE HARCÈLEMENT: APRÈS, C'EST PIRE ENCORE

I

Il y a toujours un après, quel qu il soit, dans n’importe quelle situation . Dans le cas du harcèlement psychologique, où l’individu essaie de reprendre confiance, malgré une identité mutilée, à la renverse, l’après en est souvent un d’incapacité à rebondir, tellement il se sent dispersé aux quatre coins de son univers mental.

J’ai essayé de réintégrer mes fonctions professionnelles à la limite du raisonnable, par trois fois, mais j ai trébuché par trois fois, ceux et celles qui m’entouraient n’ayant de cesse de me destabiliser à chaque pas, au point où tomber était devenu une façon de marcher. Je ne voulais pas y croire, j’apprenais à marcher en trébuchant, sous l’oeil amusé de ceux et celles pour qui, justement c’était devenu un jeu Combien de temps allais-je tenir? Telle était la question.

C’était l’arène romaine psychologiquement parlant, et l’art de renverser son prochain. Toutes mes dénonciations ne servaient qu’à les rendre plus féroces encore.

J’en suis venu à démissionner contre une maigre prime de séparation, me disant que sorti de «l’arène » je pourrais penser à me trouver autre chose de convenable pour panser mes blessures C’ était sans compter sur les blessures portées, après des années de lutte inégale, perverse. J’ai tellement voulu corriger la situation que j’en suis ressorti complètement épuisé, incapable, sans m’en rendre vraiment compte, de tout rebondissement ultérieur. J’étais abattu psychologiquement (sans jeu de mots). J’ai trouvé un emploi de suppléant dans une école secondaire, moi qui auparavant étais au collégial.

Dès le premier contact avec ce nouvel environnement, je nie suis aperçu que je n’avais plus aucun ressort psychologique, j’étais comme un zombie qui essayait de se tourner vers la lumière sans y parvenir. Moi qui croyais rebondir, je ne faisais que trébucher à nouveau, tant les blessures étaient mortelles psychologiquement. Je suis sorti de l’école sans dire un mot, j’étais un mort debout. Je n’y suis pas revenu. Je suis emmuré chez moi maintenant, mais pas pour longtemps, car sans le sous bientôt, qu’adviendra-t-il de ce mort?

Je pourrai bien sûr revenir sur mon assureur qui m’a coupé les vivres, j’étais sur le long terme et, à juste titre, au moins je pouvais subvenir aux besoins essentiels pour un mort, mais celui-ci toujours couru après des médecins disant le contraire des miens, pour se justifier dans ses coupes.

Mais ce serait là un autre combat contre un autre monstre, un combat que je n’ai maintenant plus envie de mener, ayant de la difficulté à me mouvoir dans un semblant de réalité aléatoire. Pas de pitié pour un gladiateur vaincu dans l’arène, même si le combat était couru d’avance avec le temps.

J’aimerais que cette opinion soit publiée pour montrer au moins l’après-harcèlement psychologique, car c’est ça, l’après, et bien pire encore.

Denis S. Québec

Publié dans le journal Le Soleil, dans la rubrique “Lettre de la semaine” le 14 janvier 2007.